Un illustre fils de Galluccio

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*En 1429  naquit à Galluccio Gioannantonio Campano, humaniste célèbre, évêque, gouverneur, poète et écrivain, orateur illustre. Il dit lui même, dans un Fragment Autobiographique :

 M'a engendré la douce Campanie sous un ciel serein,

loin peut-être, à peine trois milles des Lires ;

 Galluccio est ma patrie et la rurale Cavelle ma maison.

*Selon des éléments substantiels, les biographes des environs de la patrie de Campano ont été d’accord, parce que l’humaniste a laissé dans cette intention des notices très précises. Il vit la lumière à Cavelle, un village rural de la Campanie supérieure, situé près du mont Camino. La montagne, après une légère pente recouverte de pâturages, devient âpre et rocheuse, jusqu'à des aspérités faisant rempart naturel entre la vallée du Garigliano et le passage obligé de Montelungo, par lequel passe la route qui de Cassino mène à Mignano Montelungo… … Au XVe siècle, Cavelle  formait, avec trente-cinq autres villages, la commune de Galluccio. Le village, où Campano est né, existe toujours et conserve les caractéristiques du temps passé. À peu de distance, se trouve le centre principal, Galluccio, qui a donné le nom à l'entier territoire environnant. Même Galluccio conserve encore beaucoup de son aspect médiéval. Les maisons, dominées par la belle église de San Stefano et du magnifique clocher gothique, sont situées sur une pittoresque proéminence entourée de chaque côté de rochers importants. Ceci fait penser qu’au XVe siècle il y avait un château très fortifié et imprenable, correspondant au rôle défensif nécessaire en cas d’invasions ennemies.

*Son père s'appelait Puccio Teolis et sa mère Gioviniana, qui mourut prématuréement, lorsque Giannantonio avait trois ans. Son nom était donc Teolis (ou De Teolis) : mais d’où dérive l'appelation de Campano ?

 *Un historien campano (F. Grenata, 1766) a démontré que l'appelation « Campanus » vient seulement de quelques humanistes nés dans la ville de Capoue ou dans les alentours. Il est de fait qui Giannantonio est indiqué dans des documents plus anciens comme citadin de Capoue. Outre notre humaniste, d’autres de ses parents assumèrent l'appellation de « Campanus » et précisément ceux parmi ses consanguins qui acceptèrent comme certaine cette affirmation dans les études à son sujet.

*En 1447 il fut instituteur auprés de la famille Pandoni de Venafro, d'abord à Prata et ensuite à Capoue. Il étudia à Sessa Aurunca et à Naples (1448). Successivement il vécut à Pérouse pour complèter sa formation littéraire, à l'école de Nicola Rainaldi de Sulmona, célèbre humaniste, médecin. Il devint precepteur prés de la famille Baglioni, entre 1452 et 1455. En 1455 il fut nommé professeur d'éloquence à l'Université de Pérouse, où, le 21 octobre, il rappela les sujets de l'année académique, en parlant durant trois heures consécutives devant  un auditoire de plus de trois mille personnes. A Pérouse il lia amitié avec Giacomo des Ammannati, secrétaire de pape Pie II, qui s'était arrêté à Pérouse, au cours de son voyage vers Mantoue, pour un Congrès. Des Ammannati fit connaître Campano au Pontife (dans un écrit Campano dit qu'il a connu Pie II, depuis que celui-ci était cardinal) qui lui procure une place comme secrétaire du cardinal Filippo Calandroni, archevêque de Bologne. En 1459 le pape Pie II l'appelle à faire partie du clergé et établit avec lui une amitié durable. En 1460 Campano entre au service du cardinal Alessandro Oliva, qu’il avait connu à l'université de Pérouse, comme collègue dans l'enseignement. Il y resta jusqu'à sa nomination comme évêque. Campano fut très excellent orateur, peut-être le plus illustre de son temps. Il fut aussi poète et écrivain  fécond de bonne humanité. Il écrivait en latin. Ses premières oeuvres, par ordre chronologique, sont :

 De legatione Perusinorum

De ingratitudine fugienda, en trois livres

De félicitate Thrasimenti

De vita et gestis Brachii, en six livres

Carmina (environ tremila vers)

Eloge funèbre pour le père de Giacomo de la Ratta, gouverneur de Pérouse

Eloge funèbre pour la mort de Nello Baglioni

Trois oraisons

Lettres, en six livres.

*Il collabore, en outre, avec le typographe Han pour la diffusion des oeuvres des classiques, comme correcteur. Avec la fréquence de sa présence près du Pape, grand styliste et mécène, il devient son poète préféré : avec lui il partagea la passion pour les choses quotidiennes, la description de paysages idylliques, l'amour pour la nature et pour l'histoire. Le Burckandt souligna la jovialité de son temperament, la finesse de ses vers et autres qualités qu’il croyait aptes à susciter la bonne humeur.

« Tout le monde a vu dans le rôle joué par Campano à la cour de Pie II, un espèce de bouffon de cour, tout en le qualifiant d’être un inconditionnel admirateur du pape ».

*Campano ne fut pas admirateur inconditionnel  pas plus qu'un bouffon de cour a affirmé de Bernardo. D'autre part, le Pape le nomma évêque seulement lorsqu’il se fut assuré de ses mérites effectifs. Durant ces années il composa la Vie du Pape, publiée après la mort du Pontife : il décrivit le pape selon son style et son goût, en le décrivant comme un homme doux dans sa grandeur, savant, qui préférait la paix à la guerre, en entreprenant cette dernière seulement lorsqu’il y était obligé et après avoir cherché toutes les façons de l'éviter (guerre pour la succession au trône de Naples, entre Angioini et Aragonesi, qui fit échouer le congrès de Mantoue). Le style de l'oeuvre est clair, avec des descriptions rapides et des phrases concises. Il composa même « De fratris orbitu », oeuvre pour la mort du frère du cardinal Ammannati.

*En 1462 il fut ordonné évêque et eut la rettoria de S. Sossio à Frattamaggiore et le Prieuré de S. Marie de Montoro à Salerne ; enfin il eut le siège de Crotone. En 1463 il prononça l'« oratio cinerica » devant le pape et devant toute la cour pontificale : en raison de sa fougue oratoire il dépassa le temps qui lui était concédé et le maître de cérémonie dû le rappeler à l’ordre pour le faire cesser ; cette action lui coûta cher, il fut exonéré de la charge. Campano, en effet, était beaucoup apprécié pour son latin elégant, (il était comparé à Catullo et Marziale d'Erasmo de Rotterdam, qui le définissaient « homo lepori iocisque natus - 1497). Dans cette même année il  composa le discours De dignitate matrimonii à Franciscum Maximum, noble romain, à l’occasion des noces. Le 22 avril 1463 il fut transféré au siège de Teramo, pour lequel il eut l'appelation  d'« Episcopus Aprutinus », il fut dédié aux revisions des Commentaires de  Pie II. Après la mort de ce dernier,en 1465, il écrivit le discours d’Eloge funèbre pour le premier anniversaire de la mort du pape publié sous le titre "Pie II pontife, maximes de sa vie".

*Du 1465 au 1468 il fut à la cour de pape Paolo II (le cardinal Barbo) ; de 1468 à 1471 à Rome (où il lia amitié avec le cardinal Bessarione). En 1472 il fut nommé gouverneur de Foligno, ensuite de Todi et ensuite de Città di Castello, dont il fut ôté en1474. En 1471 il participa à la Diète de Ratibone, organisée par l'empereur Federico III, pour pourvoir à l'avancée des Turques dans les Balkans. Le légat de Paolo II était le cardinal Francesco Todeschini Piccolomini (futur pape Paolo III). Il  connaissait bien la langue et la culture allemande et était neveu du pape Pie II. En Allemagne on conservait un bon souvenir de lui, de cet ami de la nation allemande. Le second  poste dans la légation fut attribué par le Pape à Campano, pour ses qualités d’éloquence et de très bon  styliste : en effet les Allemands aimaient les elégants discours latins.  Campano eut la charge de présenter le discours officiel devant la Diète, mais l'occasion ne se présenta jamais ; ainsi il emploia son temps à écrire des Lettres depuis l'Allemagne, dans lesquelles il expliquait qu'en Allemagne il y avait très peu de choses dignes d'y être décrites de la part d'un talent latin : en effet on remarquait la négligence à se vêtir, on s’employait à  ordoner les maisons plus à l'extérieur qu'à l'intérieur, incroyable ignorance générale, grand nombre d’ivrognes...Dans ces conditions, la  très belle oraison de Campano ne pouvait pas être présentée, en raison de la discorde née avec les principes des allemands. La Diète fut transférée à Nuremberg.

*Campo, dans une lettre au Pape écrivit : « Nous sommes davantage humiliés nous qui pendant un temps avons tant oeuvré ! … Pour notre retour, je vais voir pour allumer un cierge devant l'image de la Vierge Mère. Je suis plein de dégoût, de nausée et de puanteur ; si tu approches la lettre près de ton nez, tu en sentiras certainement la mauvaise odeur ».

*En 1472, à l’enterrement de la comtesse d'Urbino, Campano parle plusieurs heures devant six mille personnes qui étaient en larmes. En 1477 il vient à Sienne, où le 5 Juillet  il mourut , à l'âge de 48 ans. Il fut enterré dans le cathédrale de la cité, dans la chapelle Battiste : pour sa tombe le Poliziano composa une épigrafphe. Campano fut auteur historique, narrateur d'événements mais même commentateur etico-politique qui éclaire le niveau humain et psychologique des personnages : il affirmait que l’historique n'est pas révocable mais testament. Etroits étaient ses liens avec le monde paysan, aussi pour des raisons de fierté et de défit, souvent, en plaisantant avec les amis, il disait se sentir plus laboureur qu'orateur. Ses pages peuvent se définir plus belles, plus sereines, plus raffinées de l'Uma nesimo latin, sans exception même pas pour Petrarca et Boccaccio : l’humaniste est la conscience de la valeur de la poésie et de son éternité. Campano fut habile maestro du style, personnage facile et spontané, exquis et joyeux, agréable à écouter. La première biographie de Campano fut citée par le canonique milanais Mchele Ferni, ajoutée à la première édition de l'Oeuvre omnia de notre Humanité, en1495 : elle est la biographie dans laquelle les auteurs suivants ont puisé à pleines mains de multiples éléments même des erreurs grossières.

*La biographie plus complète, riche des sources et rigoureuse pour la recherche de la documentation, très riche de données ajournées et de lettres et d’écrits inédits, a été écrite par Flavio de Bernardo et éditée en 1975, prés de l'Université Gregoriana, dans la collection Miscellanea Historiae Pontificiae, sous le numéro 39, sous le titre « un évêque humaniste à la cour pontificale. Giannantonio Campanio ». Cette oeuvre se fonde sur l'examen attentif de la biographie existante et des sources éditées, ainsi que sur la recherche de manuscrits contenant des oeuvres déjà éditées et écrites inédites, parmi lesquelles du matériel plus concret découvert dans les Archives Secrètes du Vatican et dans la Bibliothèque du Vatican : il a été ainsi possible faire justice des lieux communs rapportés à plusieurs reprises.

 *Fils d'un siècle qui n'a pas engendré des lettrés de la stature d’un Dante ou d'un Petrarca, mais qui a produit un mouvement culturel d'une portée incalculable, l'Évêque de Teramo eut le mérite de dérouler, pendant les pontificats de Pie II, Paul II et Sixte IV, le rôle de protagoniste dans le champ de la culture. Son nom d’abord, alors en contraste dans les milieux littéraires fut remarqué au fil du temps. Admiré et protégé des pontifes et d’importants personnages, il fut universellement reconnu comme un maitre du style. Reconnaissance brillante et versatile plus que profonde, il eut près de ses contemporains une chance que nous n'hésiterions pas à juger imméritée. On doit tenir compte que Campano exerce dans une période (1455-1475) qui peut se définir comme étant de transition ; en entamant son ascension dans le monde des lettres, lorsque la génération de Lorenzo Valla et de Flavio Biondo était arrivée au coucher du soleil, et en la fermant lorsque les ancrages des jeunes leviers de la Florence médicéenne n’étaient pas affirmées.

 *Campano semble être le personnage le plus typique et representatif de son temps. Plusieurs facteurs concourent à le rendre tel : son humble origine, sa rapide affirmation dans les milieux les plus qualifiés de la culture et de la carrière ecclésiastique, et surtout sa position très particulière de poète de prédilection d'un pape comme Pie II ; en outre ses étroits rapports avec les familles des seigneurs connus comme mécènes (Aragona, Médecins, Malatesta, Force, Montefeltro, Gonzaga, Baglioni, Lancent, Veaux, etc) et finalement les charges reçues de deux pontifes, Paul II et Sixte IV, en milieu diplomatique et administatif.

 *Campano vécut quinze ans de sa courte vie à l'ombre de la tiare. Selon une expression qui lui était chère, il disait, la nature m’a fournit seulement « un peu d'ingéniosité », tout le reste je l’ai reçut des papes. Je me compare à une plante qui aurait poussé dans les « potagers » d'Enea Silvio. Et en verité, si la Campanie m’a engendré et Pérouse formé dans les lettres, la Rome des papes a ajouté à ma figure, à peine esquissée, la gamme des couleurs. Lorsque les dures circonstances le privèrent de l'apogée et de la compréhension de Sixte IV, l'homme Campano s'éclipse de la scène du monde ; il semble qu'il était mort longtemps avant de descendre dans la tombe. L'évêque de Teramo, en effet, après avoir jouit de la confiance du Pape, vint à se trouver, malgré lui, dans le jeu politique de ces années. Un rôle particulier se déroula dans les événements qui sont désignés comme étant la préparation de la conjuration des Fous. À l'épreuve des faits il montra ne pas être expert dans la politique. L'amitié avec les Medici de Florence le priva de la grâce de Sixte IV, et ce fut la fin. Les études, jusqu’à un certain point, donnent l’impression que dans le monde, dans lequel agissaient de raffinées ambitions et des intrigues, certains ont conjuré contre cet homme qui avait idéalisé son existence, dans un désir d'affirmation.

*Mais comment  Campano perdit-il la faveur de Sixte IV ? Certainement parce qu'il faisait partie des alliés de Florence, lui le gouverneur pontifical, mais aussi par manque de respect envers le pape, lorsque, en étant à la Città di Castello assiégée par les troupes pontificales, il lui envoie une lettre jugée irrespectueuse :

 "L'état de cette ville, Père Saint (pour ne pas parler de moi qui suis exposé à tout puisque je suis transféré ici ou là), est pessimiste. Ils espéraient de la paix et de la quiétude (les habitants de Città di Castello) de la part de Votre Sainteté, et voilà que maintenant tout tombe dans le tourment et dans la guerre. J’ai le devoir d'écrire tout ce que je sens ; à Votre Sainteté ensuite de pourvoir. On dit que l'armée de l'Église vient ici, en demandant la libre entrée. Les citoyens se sont rassemblés  en conseil, donc ils ont fait savoir qu'ils craignaient la multitude de soldats, qui ont confiance seulement dans les armes et sont avides de pillage. Ils ont fait savoir en outre, qu'ils étaient prêts à accepter au Légat n'importe quel acte de soumission pourvu que cela ne comporte pas quelque danger pour leur communauté. Maintenant l'entrée de la soldatesque en ville a été jugée par eux dangereuse, ils craignent des comportements comme ont été les exemples de Todi et de Spoleto.

Les innocents protestent. Ils n’ont commis aucune faute récente (l'ancienne, si vraie faute il y a eut fut règlée en son temps par Paolo II de sainte mémoire). Ils craignent les troupes adverses et leurs chefs. On dit que ces innocents sont prêts à renouveler les pactes signés du temps de Paolo II. Ici la situation est vraiment triste et fait naitre la compassion : un groupe de femmes et d'enfants en larmes a été poussé hors de la ville, pendant que ceux qui restent sont prêts à combattre et mourir. Si Votre Sainteté n’agit pas autrement, ce qu'il en est ici, sera-t-il autre chose que du déshonneur ? Ceci ne ressemblera-t-il pas à la cruauté des Turcs ? Cruauté pas vraiment chrétienne, pas sacerdotale, pas conforme aux enseignements de notre Sauveur. Qu’ont-ils fait les habitants de Città di Castello ? Pourquoi sont-ils punis ? Quels motifs donner à cette guerre ? S'il est encore licite de s’en remettre à un jugement, ils  le demandent à Votre Sainteté. Mais je ne crois pas que les attaquants agissent en exécution des ordres, seulement parce qu’ils sont guidés par la crainte : ceux qui se croient défiés, ils agissent en prenant des décisions repréhensibles…"

 *Campano, qui dans ses confrontations avec les grands avait toujours fait preuve d'un comportement mesuré et étudié, face à la situation des citoyens par lui gouvernés, ne sut pas se retenir. Plus tard il dira qu'il écrivit la lettre dans un instant de folie, influencé par les hurlements des femmes et par les plaintes des enfants, effrayé par les préparatifs de guerre et du sort qui menaçait la ville. Sisto IV  considéra la lettre comme un affront à son autorité et il vit la trame d'une conjuration et d'une trahison. Ainsi, son attitude envers Campano fut inexorable : il lui enleva le gouvernement de Città di Castello et l’expulsa pratiquement de la Curie, ne le reçut plus et refusa sa présence. Campano, reçut une telle blessure qu’elle contribua à  accélérer sa fin.

 

1 ) Notice biographique de Giovanni Antonio Campano

Giovanni Antonio Campano[1] est né en 1429 a Cavelli, près de Gallucio (dans la province de Caserta), d’une famille de très modeste condition économique. Son père mourut prématurément et Giovanni Antonio fut élevé dans la maison d'un oncle paternel. La guerre qui faisait rage dans le royaume de Naples entre les Angevins et les Aragonais avait provoqué un état de misère générale qui ne permettait pas aux famille les plus pauvres d’assurer à leurs fils un cours normal d’études. La guerre terminée, Campano commença ses études primaires avec un prêtre de Gallucio, puis se rendit à Naples où il gagna sa vie comme précepteur des fils du noble Carlo Pandoni, auprès duquel il resta bien six ans. Quoiqu’il en soit, l’impression reste que Giovanni Antonio n’a pas eu en Campanie une formation littéraire solide et homogène, même si Michele Ferno lui reconnaît déjà à 22 ans une culture humaniste de premier ordre. D’après toutes les notices de Frammento Autobiografico, l’école lui aurait fourni seulement des éléments de grammaire et de rhétorique.  Toutefois on doit reconnaître

que Giovanni Antonio quitte la Campanie pourvu d’une bonne connaissance des classiques.

En 1452 Campano se rend a Pérouse où il vécut sous la protection de l’influente famille des Baglioni : Le 16 novembre 1455 il fut nommé à la chaire de rhétorique de l’université de Pérouse. Dans la même année il participa, en qualité d’Orateur, à l’ambassade d’obédience envoyée par Pérouse auprès du pape Calliste III. Ceci fut son premier contact avec Rome.

Lorsque ensuite, le 19 août 1458, Enea Silvio Piccolomini accéda au Saint-Siège, avec le nom de Pie II, Campano participa à la légation d’obédience envoyé par la cité à Rome. Peu après, il put de nouveau rencontrer le pape humaniste à Pérouse quand Pie II, qui se rendant au congrès de Mantoue le rejoignit dans sa ville avec sa grande suite. En cette occasion, un autre homme de lettre, le Cardinal Giacomo Ammannati, alors secrétaire pontifical et grand confident du nouveau pape, resta impressionné par le génie littéraire de Campano et l’invita à se joindre à la curie. Le 20 octobre 1462, Pie II nomma Campano évêque de Cortone en Calabre ; Successivement, par suite d’une série de mutations de postes dans divers sièges épiscopaux, il fut transféré dans l’établissement de Teramo.

Pendant l’été 1465, selon l’avis de quelques chercheurs, il dirigea la commémoraison funèbre de Pie II ; selon l’avis d’autres au contraire, l’oraison funèbre qu’il composa fut prononcé durant les funérailles du pontife qui eurent lieu en 1464.

Le lien avec le pontife disparu ne l’empêcha pas toutefois de chercher à établir de bons rapports avec son successeur Paul II  et ceci jusqu’à ce que, au cours des années, leurs relations se dégradèrent. Le 26 juillet 1471 mourut Paul II et le 9 août son successeur Sixte IV fut élu.

Le nouveau pontife accorda à Campano des privilèges, mais bien vite, leurs rapports se gâtèrent et cela spécialement à la suite d’une lettre dans laquelle Giovanni Antonio comparait les méthodes militaires du pontife aux actions turques. Comme cela était prévisible, Campano tomba en disgrâce pour le reste de sa vie. Le 15 juillet 1477 à l’age de 48 ans il mourut à Sienne où il se trouvait alors et fut enterré dans la cathédrale.

Pendant sa vie Campano fut très admiré pour ses dons littéraires, et cette admiration s’est poursuivie au cours des siècles grâce à Michele Ferno, lequel prit soin d’éditer les « Opera omnia » avec l’ajout d’une biographie de Campano[2].

On considère comme indiscutable la valeur de ses œuvres historiques, en particulier les biographies de Braccio et de Pie II.

La vie de Pie II écrite de 1470 à 1477, démarra avec une claire intention de louange, toutefois, elle revêt aussi un réel intérêt documentaire, se fondant en partie sur les souvenirs personnels de celui qui, comme Campano, avait été pendant longtemps en contact direct avec Picolomini[3].

On ne doit pas sous estimer dans les écrits de Campano, le texte de l’oraison funèbre pour Pie II, objet de cette étude, puisque cela contribue à éclairer la figure du grand pontife[4].

 

2 ) les premiers contacts avec Pie II (1459-1460)

En 1459, se tint à Mantoue un congrès des princes chrétiens pour s’accorder sur la croisade contre les Turcs. Le 1er février de cette année là, le pape Pie II et sa cour pontificale en voyage vers Mantoue furent accueillis dans la cité de Pérouse. Le pape fut reçu aussi avec un grand enthousiasme par la population parce qu’il s’était écoulé bien soixante dix ans depuis la dernière visite faite à Pérouse par le pape Boniface IX en 1392[5]. De cet événement extraordinaire Giovanni Antonio Campano, professeur de l’étude de Pérouse, en fut le témoin. Campano fit même de l’événement une claire description dans la Vita de Pie II et à quelques années de distance se rappela l’impression éprouvée à la vue de celui qui serait « son » pape, aller majestueusement sur son « cheval tout blanc », lui-même vêtu de blanc marchant vers la cathédrale, accompagnés sur leurs ailes par les applaudissements populaires[6].

Pie II s’arrêta dans la cité dix-neuf jours durant lesquels Campano eut la possibilité de renouveler leur vieille amitié et d’en nouer de nouvelles : Une des amitiés qui  marqua un tournant de sa vie, fut celle avec Giacomo Ammannati, qui suivait le pape à Mantoue en qualité de secrétaire apostolique.

Probablement Giovanni Antonio et Giacomo se connaissaient-ils déjà depuis quelques années, mais à Pérouse se tissa entre eux ce lien affectueux qui marqua, ensuite, toute leur vie.

De cette importante rencontre, découla la décision de Campano de laisser l’étude de Pérouse pour entrer dans la curie pontificale. Giacomo Ammannati fit connaître  lui-même son nouvel ami  au pontife et lui procura un poste de secrétaire auprès du cardinal Filippo Calandrini, évêque de Bologne. La rencontre de Pérouse entre Campano et Pie II ne fut pas la première ; J’ai déjà dit que Campano faisait partie de la légation pérousine envoyée à Rome pour l’élection de Pie II[7].  Mais il y a plus : dans un long poème, écrit probablement pendant l’été 1462, Giovanni Antonio semble affirmer qu’il avait connu Piccolomini depuis que celui ci était cardinal. Des rapports plus étroits cependant entre Piccolomini et Campano commencèrent sûrement durant les trois semaines où le pape séjourna à Pérouse. L’affection et l’estime que Pie II accorda à Campano devait le rendre orgueilleux, car ils venaient d’un pape qui fut toujours prudent dans la louange et dans la récompense des fruits de l’intelligence d’autrui.

La cour pontificale parti de Pérouse le 19 février 1459. Après s’être arrêté deux jours à Corsignano (le village natal prit le nom du pontife et fut alors appelé Pienza),  atteint Sienne le 24 février et y resta environ deux mois jusqu’au 23 avril.

A Mantoue Pie II entra le 27 mai suivant. Ferno et sur son témoignage toutes les biographies postérieure, affirmèrent que Giovanni Antonio partit de Pérouse avec le pape et avec lui rejoignit Mantoue.

Sur ce point, le biographe milanais, cependant, suscita une telle confusion de date, que faire une reconstruction fidèle se révèle vraiment difficile. Pour avoir quelque informations plus sures il est bon de suivre les indications fournies dans la correspondance de Campano. Dans une lettre écrite au début d’octobre 1459 Campano rappelle sa rencontre à Sienne avec Nicodème Tranchedini, envoyé des Sforza à Florence ; Une telle rencontre survint au printemps de la même année et probablement durant les journées où Pie II séjourna dans la cité avec sa cour. D’autres lettres et quelques indices en particulier, assurent la présence de l’humaniste à Mantoue au moins d’août à Octobre 1459[8]. L’hypothèse ensuite que Campano avait assisté personnellement à l’accueil joyeux que le pontife reçut de la cité visitée durant le voyage vers Mantoue est confirmée par la description détaillée que fit l’auteur, de ces entrées solennelles, dans la Vita.

Toutefois, Campano probablement ne se joignit pas de suite à la cour pontificale, mais la rejoignit à Mantoue. Ceci en particulier peut se déduire des deux lettres qui font référence clairement au voyage Pérouse – Mantoue. Il est nécessaire cependant de garder présent que le trajet fut effectué deux fois. En effet à l’automne 1459, en retournant à Pérouse, Giovanni Antonio laissa la cité siège du congrès pour une brève période.

Un détail distingue les deux voyages : dans le premier, l’humaniste suivit le même itinéraire que la cour pontificale au moins pour le tronçon Bologne – Mantoue : Dans le second il rejoint la cour à Ferrare par la mer.

Dans une lettre envoyée à Ammannati de Pérouse, Campano écrivit : Je viendrai donc, comme tu commandes, et j'affronterai l'immensité de la mer avec ton auspice et ton guide. La référence à la "mer" pousse à croire que dans la lettre on parle du second voyage vers Mantoue, achevé en automne. Semblable dans son contenu à la lettre envoyée à Giacomo Ammannati, une autre est à adressée à l'ami Maffei. Du contexte il apparaît que Maffei appartenait à la suite du curie pontificale et que Giovanni Antonio n'était pas sûr si il l'aurait atteint à Bologne ou à Mantoue;  ceci signifie qui l'humaniste ne voyageait pas en compagnie du pape, au moins dans le premier tronçon de l'itinéraire. L'hypothèse la plus probable est donc, que Campano avait rejoint Mantoue dans un deuxième temps par rapport à Pie II et se trouve seul lors de la fin de ses engagements de l’étude de Pérouse[9].

Campano entra faire partie de la curie pontificale en qualité de secrétaire et commensal du cardinal Filippo Calandrini, archevêque de Bologne:  il s'agissait d'une charge humble, mais qui cependant lui permit de vivre près de Pie II. L'an suivant en 1460 Alessandro Olive, déjà professeur près de la faculté de Pérouse, fut décoré de la pourpre cardinalice;  Alors Campano, laissa le secrétariat près de Calandrini et entra au service du cardinal Oliva

 


[1] Une grande partie des notices biographiques de Campano est tirée de F.R. Hausmann, Campano Giovanni Antonio in Dizionario biografico degli italiani, Rome 1974, pp 424-29 ; F. Di Bernardo, Un Vescovo umanista alla corte pontificia. Giannantonio Campano (1429-1477), Roma 1975, pp.19-53.

[2] Johannis Antonii Campani Opera omnia à Michele Ferno Mediolanensi edita, Romae per Eucharium Silber, 1945. Sur l’édition, voir Di Bernardo, Un Vescovo umanista, pp 6-7

[3] La Vita est édité dans Le vite di Pio II de Giovanni Antonio Campano e Bartolomeo Platina, par les soins de G.C. Zimolo, RIS2, III, 2, Bologna 1964, pp III-XXI.

[4] Campani Opera Omnia, ff 99r-104r

[5] Les informations sur les rapports existants entre Campano et Pie II sont tirés de Un Vescovo umanista par Di Bernardo, pp 90-138.

[6] Le Vite di Pio II. p.31.

[7] Voir Sopra p. 3.

[8] Voir Di Bernardo, Un Vescavo umanista, p.96.

[9] Di Bernardo, Un Vescovo umanista , p.99

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